Le groupe Massey Fergusson :
D'abord accolé à Harris puis à Ferguson, le nom de Massey évoque l'une des plus importante entreprise du machinisme agricole de l'après-guerre jusqu'à sa fermeture totale en 1986.
En France, le groupe Massey-Ferguson S.A. a regroupé plusieurs établissements :
- Le siège du Plessis-Robinson où étaient installés la direction générale, les services centraux, les activités d'études et de recherches.
- L'usine de Marquette-Lez-Lille qui produisait les moissonneuses-batteuses, les ramasseuses-presses, les cabines-tracteurs et pièces pour tracteurs, l'usine comprenant également une fonderie.
- L'usine de Beauvais qui produisait des tracteurs complets.
- Saint-Just, centre de réception et de reexpédition de matériels.
- Athis-Mons, service central des pièces détachées qui assure en France le service pour les matériels Massey-Ferguson et qui distribue à l'Etranger les pièces des matériels fabriqués en France.
- Viarmes, centre d'essai des matériels.
- Gif, centre de formation.
L'histoire de Massey commence en 1847, lorsque Daniel Massey (1798-1856) crée un petit atelier de ferronnerie à Newcastle (Canada). Cinq ans plus tard, il construit la première faucheuse à tracter, qu'il ne cesse d'améliorer au fil des ans.
En 1891, Massey et Harris s'associent et lancent dix ans plus tard la première moissonneuse-batteuse ; le premier tracteur sortira de l'usine en 1916. La petite usine devient grande industrie et rayonne sur le monde. En effet, des usines s'implantent au Canada, aux Etats-Unis, en Afrique du Sud, en Angleterre, en Australie, en Allemagne, le centre de toute cette organisation restant à Toronto.
En 1926, le groupe canadien Massey-Harris implante sa première usine à Marquette-Lez-Lille. Le site présente des conditions favorables à l'essor de l'entreprise (présence de chemins de fer, proximité de l'agglomération urbaine de Lille et des pays de l'Europe du Nord). Cette implantation s'intègre à une stratégie économique inaugurée en 1909 dans le secteur du machinisme agricole avec l'implantation à Croix (Nord) d'une entreprise américaine, l'International Harvester Company. Il alors s'agit de résister à cette concurrence américaine par la réduction du coût de douane, de transport et d'assurance et par le choix d'un investissement dans le pays qui présente un marché intérieur de vente suffisant (voir Claude Tollet, ...c'est pas tout rose et violette...Pour une valorisation et une restitution de la mémoire du monde du travail, mémoire de maîtrise, 1993, Lille I, Lille III.). Dès le début, les fabrications principales sont orientées vers le matériel de fenaison et de moisson.
En 1947, le groupe Massey-Harris, absorbe les sociétés de fabrication de tracteurs Harry Ferguson pour devenir en 1953 Massey-Harris-Ferguson abrégé en 1958 en Massey-Ferguson avec Harry Ferguson comme président et principal actionnaire.
En 1960, la fabrication des tracteurs est stoppée dans le Nord de la France pour émigrer dans une usine à Beauvais, l'objectif étant de maintenir le leadership du groupe sur le terrain du machinisme agricole. De son côté, Marquette continue à fabriquer pour Beauvais une part importante des composants tracteurs. La fabrication des presses, démarrée en 1958, constitue également une activité importante pour l'usine.
À partir des années 1960, un vaste mouvement de restructuration s'engage touchant l'ensemble des usines et les dizaines de milliers d'employés de Massey répartis dans le monde.
Après la fermeture de l'établissement de Eschwege (Allemagne) en 1971 et celui de Kilmarnock (Ecosse) en 1980, Marquette reste en 1981 le centre européen de production de matériel agricole avec son "engineering" et son marketing propres, livrant ses productions non seulement en Europe mais également en Asie, en Afrique et Australie.
Organisation syndicale et luttes ouvrières dans l'usine de Marquette-Lez-Lille :
Au sein de l'usine de Marquette, les "Massey" comme on appelle alors les ouvriers de l'entreprise sont connus pour leurs actions revendicatives. Les luttes ouvrières ménées sont nombreuses : protection de l'emploi, amélioration des conditions de travail, défense contre les risques sociaux, défense des droits syndicaux, prise de position sur les problèmes politiques et sociaux tels que le front populaire, les congés payés, la semaine de 40 heures, le combat pour la paix en Algérie, la solidarité envers le peuple Vietnamien.
Quand en 1961, le trust entreprend de rationaliser ses unités françaises, il se heurte à Marquette à des travailleurs organisés, principalement dans la CGT (syndicat des métaux de Marquette). A cette époque (1961-1962), le syndicat C.G.T. décide de se doter d'une organisation de "masse", active lors des "grands combats". Cette même année, la direction ferme des ateliers de fabrication de tracteurs avec licenciements (1000 sur les 2700 ouvriers) avec fermeture envisagée de l'usine à terme. La lutte engagée par les ouvriers porte ses fruits : la reconduction des débrayages pendant pratiquement un mois oblige la direction à reculer et annuler la décision de licencier.
Cette première "victoire" est toutefois de courte durée. Au fil des ans, l'effectif de l'usine de Marquette passe de 3200 salariés (années 1950) à 2700 (années 1960) puis à 2200. La fermeture finale a lieu en 1984 avec plus de 2000 licenciements. Entre temps, manifestations et débrayages se sont succédés :
- 1967 : Contre les "atteintes à l'exercice des libertés syndicales à l'intérieur de l'entreprise" (la direction avait tenté de licencier Auguste Parent, délégué du personnel).
- 1968 : Occupation de l'usine pendant cinq semaines. Le comité de grève intersyndical négocie au jour le jour à la Préfecture les conditions de reprise du travail.
- 1969 : Nouvelle grève ; 22 licenciements sont prononcés, invoquant une dégradation commise.
- 1979 : 240 licenciements.
- 1982 : Fermeture des ateliers primaires et de la fonderie. Une première vague de licenciement de 595 salariés est annoncée ; elle préfigure la fermeture de l'usine deux ans plus tard.
De 1984 à 1986, les salariés sont en "chômage total partiel" (rémunérés par les ASSEDIC mais non inscrits comme demandeurs d'emploi à l'ANPE), pour être définitivement licenciés en 1986. Un plan social est mis en place :
- Les salariés de moins de 50 ans bénéficient de stages et du maintien pendant deux ans de l'allocation chômage de base.
- Des mesures compensatoires sous forme de primes de licenciement sont proposées aux salariés qui refusent des stages.
- Les salariés de plus de 50 ans bénéficient d'une procédure FNE (Fonds National pour l'Emploi), procédure reconduite cinq fois de suite.
- Après 55 ans, les salariés seront de nouveau rémunérés par la Direction Massey-Ferguson à Beauvais dans le cadre d'un plan social co-financé par l'ASSEDIC et l'Etat.
A la fermeture de l'établissement de Marquette subsistent deux organisations ouvrières :
- La section des retraités-veuves du syndicat C.G.T. des travailleurs de la métallurgie de Marquette.
- La Mutuelle spécifique de l'entreprise, transformée en une structure autonome et privée de mutuelle complémentaire de protection sociale.
